Espoirs départementaux de la voile, ils veulent briller en courses océaniques.
Jean-Charles Monnet et Fabien Delahaye
Le premier va faire ses premières armes en Figaro cet été et prépare son bizutage comme un vieux professionnel de la classe. Le second brille sur le circuit international entre trois bouées, en 4.70 et Open 7.50, et rêve de courir la transat sur un prototype de 6.50 m. Jean-Charles Monnet et Fabien Delahaye, 23 ans tous les deux, voient leur avenir au grand large. Formés dans les écoles de voile de Courseulles et Ouistreham, ils incarnent une nouvelle vague de talents de la voile prometteurs formés dans le Calvados.
Ils ont beaucoup de points communs. Ceux qui les ont vus grandir et progresser sur les plans d'eau du département louent leur toucher de barre, leur sens tactique, leur abnégation à enchaîner les heures d'entraînement, leur marge de progression. Il convient d'ajouter à la description une simplicité déconcertante, associée à une ambition indéfectible. Formés à l'école de la voile légère dans le Calvados, ils gardent en tête, à 23 ans, le cap qu'ils ont choisi quand ils n'avaient que l'âge des mousses. « La voile, je veux en faire mon métier, devenir coureur professionnel au large. Et je fais tout pour ça. » Ils le disent tout simplement, comme une évidence, avec une confiance inébranlable. Pour s'autoriser à y croire, ils peuvent l'un et l'autre s'appuyer sur un curriculum nautique prometteur. C'est là, toutefois, à la lumière de leurs itinéraires respectifs, que se révèlent leurs différences.
Dans les 15 meilleurs européens
Fabien, chemisette blanche et cheveux courts, a grandi dans le moule de la voile légère sportive en suivant un parcours académique. Le natif de Rouen a rencontré la voile à la SRCO dès l'âge de 9 ans. A 12 ans, il régate en double, en 4.70. Commence alors une série d'excellents résultats avec son complice Etienne Bossé : 7e aux championnats de France senior, 16e sur 122 aux championnats d'Europe en Hongrie, 36e aux mondiaux de Rizhao en Chine et dernièrement dans le Top 15 européen, avec une 13e place aux championnats d'Europe (4e Français) disputés en Grèce. « J'ai gravi les échelons un à un en 4.70. En parallèle, je barre depuis cette année l'Open 7.50 « Port de Caen-Ouistreham » qui courra le Spi Ouest-France et le National l'an prochain. » Avec ses 5 équipiers, Fabien brille déjà sur ces engins surtoilés (les plus rapides dans cette taille). Il a remporté le Sport Boat Master Tour de Ouistreham, le 27 mai dernier et a décroché une belle 3e place à Brest, lors du dernier Grand Prix de l'Ecole Navale. Il vise clairement la victoire dans le Spi Ouest-France 2008.
A la recherche du sens marin
Jean-Charles, tee-shirt et cadogan, n'a pas suivi le même cap. Il s'est forgé un sens marin en s'éloignant rapidement du rivage jusqu'à ne plus le voir. « J'ai débuté à 10 ans, à Ver-sur-Mer, en dériveur, puis j'ai rapidement enchaîné sur l'habitable, à la société des régates de Courseulles, en First Class 8 ». Le natif de Bayeux aime le grand large et, bac en poche, a délaissé un temps la compétition pour convoyer des bateaux et surtout partir au long cours, « avec un copain, 6 mois en Méditerranée, sur un modeste Jouet 24. » Ils iront ainsi jusqu'en Grèce. « Cette expérience n'a rien à voir avec la régate, mais elle m'a apporté beaucoup de sens marin ce qui m'est aujourd'hui très précieux en Figaro Bénéteau. »
La chasse aux budgets
Fabien et Jean-Charles passent aujourd'hui le plus clair de leur temps sur l'eau, en course ou à l'entraînement. Ils ont aussi appris à monter de véritables dossiers commerciaux pour décrocher les budgets indispensables en course au large. A ce petit jeu, Jean-Charles Monnet a gagné la confiance de Degrémont Suez, qui en fait son skipper sur la prochaine Solitaire, au départ de Caen. « C'est un coup pour voir. Si tout se passe bien, nous enchaînerons sur du moyen terme, avec une saison complète en Figaro l'an prochain. » Dans cette série on ne peut plus exigeante, porte d'entrée vers les 60 pieds open, Jean-Charles sait que patience et rigueur seront indispensable. « Je dois naviguer, manœuvrer, gérer le stress, le sommeil et ne pas me laisser impressionner par la qualité du plateau ». Fabien, de son côté, a opté pour une recherche de financement en mini 6.50. Il a manqué d'un fil un budget de 2 ans lors des sélections Crédit Agricole à La Rochelle, en terminant à la seconde place. A bon entendeur…